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vendredi 11 décembre 2015

Survivre, ou voir sa maison détruite

Publié le 11 décembre 2015 dans La Riposte vol. 36 no 8.


Après l’annexion illégale de Jérusalem-Est, Israël modifie le zonage de la ville et un maigre 13 % est conservé pour le développement de la communauté palestinienne. Sur ces 9,2 km², s’entassent donc 230 000 Palestiniennes et Palestiniens dans des quartiers étouffés par les colonies israéliennes qui poussent tout autour. Ceux qui désirent rénover, agrandir ou construire leur maison doivent faire une demande de permis de construction auprès des autorités israéliennes. Pour l’obtenir, il n’y a qu’à entreprendre ce « processus démocratique et ouvert à tous les citoyens de la ville » et s’assurer de remplir les conditions, dont en voici quelques exemples :

- Prouver que l’on possède le terrain pour lequel le permis est demandé. 
Depuis 1967, l’enregistrement de terres est interdit pour les Palestiniennes et Palestiniens.

- La construction de la maison ne doit pas faire augmenter la densité du patrimoine bâti au-delà d’une certaine limite. 
Les quartiers palestiniens dépassent presque tous déjà cette limite.

 - Le terrain pour lequel le permis est demandé doit être inscrit au registre des biens immobiliers de la Ville. 
Seulement 3 % de la superficie des quartiers palestiniens de Jérusalem est inscrite à ce registre.

- Les infrastructures municipales doivent être adéquates sur le terrain pour lequel le permis est demandé. 
Les infrastructures et services municipaux, pour lesquels les Palestiniennes et Palestiniens paient des taxes, sont peu entretenus ou fournis. Ceci sous prétexte que ces quartiers sont trop dangereux pour les employés municipaux.

- Payer les frais.
L’ensemble des coûts associés à l’obtention d’un permis de construction pour un bâtiment de 200 m² peut atteindre 38 000 $ (1) , coût exorbitant pour les Palestiniens jérusalémites, dont 65 % vivent sous le seuil de la pauvreté. De plus, inutile pour eux d’espérer obtenir un prêt hypothécaire dans une banque israélienne.

Sans espoir de pouvoir obtenir le permis, les Palestiniennes et Palestiniens se voient donc dans l’obligation de construire illégalement leurs maisons. En conséquence, 40 % des bâtiments de Jérusalem-Est ont été construits sans permis et risquent la démolition. Entre 1967 et 2009, Israël a démoli à Jérusalem-Est plus de 2 000 « structures » appartenant à des Palestiniennes et Palestiniens et, seulement en 2015, 450 démolitions ont déjà eu lieu (2) .

Maison démolie (et tempête de sable) dans le quartier Jabal al-Mukabbir.
Comme l’avis de démolition est délivré envers un bâtiment, et non pas une personne, l’inspecteur municipal n’a pas à le remettre en main propre au propriétaire; il peut être placé sous une roche sur le terrain, sur le rebord d’une fenêtre ou sur le pas de la porte. Parfois, les propriétaires apprennent qu’un avis de démolition a été émis pour leur maison lorsqu’arrivent les bulldozers. Ceux-ci pouvant n’arriver que plusieurs mois après l’émission de l’avis, les habitants de la maison vivent avec une épée de Damoclès audessus de la tête, ne sachant pas à quel moment la catastrophe surviendra.

Restes d'une maison détruite près du camp Shu'fat.
 La plupart du temps, les maisons sont démolies tôt le matin. Une dizaine de véhicules militaires encerclent la maison, laissant à peine dix minutes à ses habitants pour en sortir. Aussitôt qu’ils ont franchi le seuil de la porte, volontairement ou par la force, les bulldozers commencent le travail devant leurs yeux impuissants.

Cette maison, voisine de la maison démolie sur l'image précédente, fut
démolie avant même que ses propriétaires y aient emménagé.
Après la démolition, la famille recevra une amende pour avoir construit une maison sans permis de construction ainsi qu’une facture pour régler les frais de la démolition et du déplacement des troupes militaires, une dette qui peut prendre des années à rembourser. Parfois même, on exige des propriétaires qu’ils s’occupent eux-mêmes de la démolition de leur maison.

Sans maison et sans espoir de pouvoir obtenir un permis pour la reconstruire, la plupart des familles décideront de quitter Jérusalem, perdant du même coup leur statut de résident permanent . Qu’en répond Israël? Que les Palestiniennes et Palestiniens qui ont brisé la loi étaient au courant des conséquences. La réponse ne résiderait-elle pas plutôt dans cette politique municipale, adoptée en 1973, de maintenir un ratio démographique à 70 % d’Israéliens et 30 % de Palestiniens?

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(1) MARGALIT, M. 2007. No place like home : House demolitions in East Jerusalem. Israeli Committee Against House Demolition, 55 p. 

(2) Israeli Committee Against Home Demolitions. [En ligne], http://icahd.org/

vendredi 27 novembre 2015

Étrangers chez soi...

Publié le 26 novembre 2015 dans La Riposte, vol. 36 no 7.

La guerre des Six Jours de 1967 s’est conclue par l’annexion par Israël de la Cisjordanie et de la partie orientale de Jérusalem. Même si l’occupation de ces territoires a toujours été considérée illégale par la communauté internationale, Israël désigne unilatéralement la « Jérusalem réunifiée » comme sa capitale. Les 66 000 Palestiniennes et Palestiniens alors présents à Jérusalem-Est se voient offrir la citoyenneté israélienne, moyennant allégeance à Israël. La plupart refusent et obtiennent plutôt un statut de résidents permanents en Israël. Il s’agit de la seule occurrence où un pays occupant accorde un statut d’étranger à la population indigène.

La vieille ville, située à Jérusalem-Est, contient la plupart des lieux saints et touristiques : le tombeau du Christ, l'esplanade des mosquées, le Dôme du Rocher, la mosquée Al-Aqsa, le Mur des Lamentations et plusieurs autres. 

La carte d’identité bleue qui témoigne de ce statut particulier est importante pour celles et ceux qui la possèdent; elle accorde à sa détentrice ou son détenteur une plus grande liberté de mouvement sur le territoire que celle dont jouissent les Palestiniennes et Palestiniens d’Israël ou de Cisjordanie. Les premiers, qui ont abandonné leur identité palestinienne, se voient interdire l’accès aux territoires occupés (trop dangereux, dit-on) alors que les seconds ne peuvent pas circuler en Israël sans l’obtention d’un permis spécial. De plus, le statut de résident leur donne accès aux systèmes de sécurité sociale et de santé d’Israël, incomparables avec ceux de la Cisjordanie.

Malgré son nom, ce statut est loin d’être permanent. Le statut de résident permanent peut être révoqué à tout moment par Israël, et les Palestiniens qui le possèdent doivent continuellement prouver que Jérusalem est au « centre de leur vie ». Pour le vérifier, des inspecteurs municipaux peuvent se présenter à l’aurore pour vérifier que le lit est occupé, que la brosse à dents est humide et que les factures d’électricité et d’eau sont bien acquittées. Partir de la ville quelques jours est donc pratiquement hors de question. Sans cette carte d’identité, on doit dire adieu à son travail, sa maison, ses amis et sa famille. Entre 1967 et 2008, plus de 14 000 Palestiniennes et Palestiniens ont perdu leur droit de résidence (1) .

Présence israélienne non équivoque dans les rues de Jérusalem-Est.

Le statut de résident permanent accordé aux Palestiniens n’est pas transmissible aux membres de la famille immédiate. Le mariage entre des Palestiniens de Jérusalem et de Cisjordanie peut être extrêmement déchirant. Alors qu’un des conjoints ne peut se permettre de s’absenter de la ville, l’autre doit demander la permission pour s’y rendre. La complexité de la démarche permettant à un conjoint d’obtenir la citoyenneté hiérosolymite s’est alourdie après la seconde Intifada et les « processus de réunification familiale » sont de plus en plus laborieux, coûteux et rarement fructueux.

La stratégie israélienne dans cette situation est de rendre la situation des Palestiniennes et Palestiniens vivant à Jérusalem insoutenable en les séparant physiquement et administrativement de leurs consoeurs et confrères de Cisjordanie. En les incitant à quitter de leur propre gré cette ville « trois fois sainte », Israël aura beau jeu d’argumenter pour faire de Jérusalem sa capitale. Mais les Palestiniennes et Palestiniens que nous avons rencontrés sont tous déterminés à ne pas quitter : « rester, c’est résister ».


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1. ALYAN, N.A., 2012. Policies of Neglect in East Jerusalem. The Association for Civil Rights in Israel.

jeudi 12 novembre 2015

Pouvoir syndical sous occupation

Publié le 5 novembre 2015 dans Le Mouton Noir, vol. 21 no 2.

Photo : Hamde Abu Rahma
Pour souligner ses 40 ans, le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) a organisé en septembre un stage intersyndical de solidarité avec la Palestine auquel ont participé des représentantes et des représentants des principales organisations syndicales québécoises. Afin de sensibiliser les participants à la situation des travailleuses et des travailleurs palestiniens et de renforcer les liens de solidarité entre les groupes syndicaux québécois et palestiniens, plus d’une demi-douzaine d’organisations syndicales palestiniennes ont ouvert leur porte aux délégués québécois. Voici un court portrait de la situation de travailleurs palestiniens qui vivent sous occupation israélienne.

En conséquence de l’occupation israélienne, la situation des travailleuses et des travailleurs palestiniens est généralement mauvaise. Les restrictions de mouvement (points de contrôle, mur de l’apartheid, structure administrative lourde pour obtenir les permis de déplacement, prohibition de l’exportation de produits, etc.) causent une perte de productivité considérable. Captifs du contrôle économique israélien, 25 % des Palestiniens vivent sous le seuil de la pauvreté(1) et leur taux de chômage atteint des sommets. Il va sans dire que la pression est énorme sur les syndicats palestiniens, qui doivent effectuer le travail traditionnel attendu d’une organisation syndicale dans le contexte de discrimination constante auquel leurs membres font face.
Environ 112 000 Palestiniennes et Palestiniens travaillent pour la société israélienne, soit en Israël ou dans les colonies situées dans les zones sous contrôle militaire israélien(2). Théoriquement, ces Palestiniens sont soumis à la législation du travail israélien et devraient donc profiter de conditions de travail similaires à celles des Israéliens. Or, cette législation est rarement appliquée, et les travailleuses et les travailleurs ont peu de recours en cas d’abus puisqu’ils ne possèdent pas le statut de citoyens israéliens. Le salaire minimum, environ 7 $ de l’heure en Israël, est rarement respecté, aucune protection sociale ne leur est fournie, et le travail des enfants dans les colonies est répandu, surtout dans le domaine de la construction, où les conditions sont parmi les pires.
Malgré tout, les Palestiniennes et les Palestiniens qui travaillent en Israël doivent verser des cotisations (1 % de leur salaire) au principal syndicat israélien, la Histadrut, sans bénéficier en retour des services du syndicat puisqu’ils n’en sont pas membres. Sur le territoire occupé par Israël, ils n’ont pas le droit de créer leurs propres associations de travailleurs et les activités syndicales palestiniennes y sont interdites. Ils se retrouvent donc sans aucune protection. Même si un accord a été signé en 1994 entre la Histadrut et la Fédération générale palestinienne des syndicats (PGFTU) (3) pour que la moitié des cotisations syndicales versées à la Histadrut par les travailleuses et travailleurs palestiniens soit remise au PGFTU, celle-ci demeure considérée par Israël comme une organisation illégitime et reste donc impuissante sur le territoire israélien.
Heureusement, le PGFTU profite d’une certaine marge de manœuvre en Palestine, ce qui lui permet d’offrir certains services à ces travailleuses et à ces travailleurs. Le cas du checkpoint de Qalqilya, principal point de passage de la frontière pour les quelque 4 000 Palestiniens détenteurs d’un permis de travail en Israël, en est un bon exemple. Pour s’assurer de traverser la frontière à temps, les travailleuses et les travailleurs doivent arriver vers trois heures du matin et faire la queue pendant plusieurs heures avant de passer de nombreux contrôles de sécurité : détecteur de métal, interrogations et fouilles abusives, vérification de l’identité et du permis de travail. Le niveau de stress est extrêmement élevé; n’étant aucunement protégés, ces travailleurs ne peuvent pas se permettre d’arriver en retard à leur travail. De plus, une fois de l’autre côté, ils devront trouver un moyen de transport pour se déplacer, car leurs voitures sont interdites en Israël et il ne leur est pas permis d’utiliser les transports en commun israéliens. En conséquence, il arrive que les gens s’impatientent, se bousculent; les soldats israéliens répondent par des coups de semonce. Il y a régulièrement des blessés, parfois, des morts.
Devant cette situation intolérable, le PGFTU a ouvert, il y a quelques années, un bureau du côté palestinien ducheckpoint. Grâce au transfert d’une partie des cotisations palestiniennes à la Histadrut (l’autre partie est toujours attendue), il a construit un bureau, des toilettes et un grand marché couvert où des Palestiniennes et des Palestiniens peuvent louer un kiosque et les autres, se sustenter. Partout autour du marché, de grands panneaux présentent la législation du travail israélienne que les employeurs israéliens devraient respecter. Des employés du syndicat et des bénévoles se relaient pour assurer une présence constante au bureau; ils reçoivent les plaintes des travailleurs qui se sont vu refuser le passage ou qui ont été soumis à un contrôle de sécurité irrégulier ou injustifié. De plus, en organisant l’arrivée des travailleuses et des travailleurs selon un horaire précis, ils ont réussi à diminuer le temps d’attente pour chacun et, par conséquent, le nombre d’incidents.
On comprend que le travail des organisations syndicales de Palestine n’a rien à voir avec celui des organisations québécoises. Le PGFTU est souvent critiqué pour sa proximité avec le gouvernement palestinien et pour avoir participé plus activement au mouvement de libération nationale qu’à la défense des conditions de travail de ses membres. Mais peut-on vraiment reprocher à la plus grande organisation syndicale de Palestine d’avoir la lucidité de comprendre que sans la reconnaissance du droit du peuple à disposer de lui-même, un préalable au développement économique et social de la société palestinienne, la défense des droits des travailleuses et des travailleurs ne se fera toujours qu’à coup de « mieux que rien »?
1. Palestinian Central Bureau of Statistics, Labour Force Survey, April, 2015. Ramallah, Palestine.
2. Ibid.
3. Formant la plus grande association syndicale de Palestine, le PGFTU représente environ 300 000 membres sur une population active de 1,3 million de personnes.

vendredi 30 octobre 2015

Réfugiés un jour, réfugiés toujours?

Publié le 30 octobre 2015 dans La Riposte vol. 36 no 5.

Contrairement au slogan sioniste « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre », la Palestine n'était pas déserte avant la création d'Israël. Après la guerre de 1948, qui a mené à la création de l'État d'Israël, les Israéliens occupent un territoire sur lequel habitent près d'un million de Palestiniennes et Palestiniens. 750 000 d'entre eux sont contraints à l'exode. Puisqu’il s’agit du seul groupe de réfugiés au monde dont le statut se transmet aux descendants, ils sont aujourd’hui plus de 5 millions de réfugiés palestiniens qui s’entassent dans les 58 camps de réfugiés gérés par l’ONU (Organisation des Nations Unies) (1). Trois de ces camps furent visités pendant la mission de solidarité syndicale (2).

Le camp d’Aïda est situé tout près de Bethléem et accueille 6 000 personnes sur une superficie de 0,66 km². Enclavé par le mur de l’Apartheid, on n’y trouve aucune terre agricole, aucune source d’eau potable et aucun service médical. À l’entrée du camp se trouve la « clé du retour », symbole de la résolution 194 de l’ONU qui garantit le droit au retour des Palestiniennes et Palestiniens et qui demeure toujours à être respectée par Israël.


Le camp de Balata, situé près de Naplouse, accueillait initialement 5 000 personnes sur un terrain de 0,25 km². Aujourd’hui, en raison de l’accroissement démographique (les Palestiniens ont le taux de natalité le plus élevé de la planète), s’y entassent plus de 23 000 personnes, ce qui en fait le camp de réfugiés le plus densément peuplé de Palestine. Reliés par un labyrinthe d’allées d’à peine 30 cm de large, les blocs de béton de 4 mètres par 3 mètres qui servent de maison ne suffisent plus à loger tous les réfugiés et des étages supplémentaires doivent être construits, accroissant progressivement le sentiment d’emprisonnement ressenti par quiconque s’y balade. Les habitants de Balata manquent de tout, surtout d’espace, de lumière, d’air frais et d’intimité.


Le camp de Shu’fat est situé à Jérusalem, même si le mur de l’Apartheid l’entoure complètement et le sépare du reste de la ville. C’est le seul camp de réfugiés situé dans une région administrée par Israël et, ainsi, considéré sous sa juridiction. Les habitants payent donc des impôts à Israël, qui fournit les services municipaux. Or, prétextant des raisons de sécurité, Israël n’entretient plus les infrastructures. Les conditions de vie dans le camp sont donc exécrables : les services de voirie et de collecte des déchets sont quasi inexistants alors que les réseaux d’électricité, d’aqueduc et d’égouts sont désuets et insuffisants.


Tous les camps de réfugiés sont établis sur des terrains privés, loués pour 99 ans puisque la situation des réfugiés ne devait qu’être temporaire, le temps qu’une solution au conflit soit trouvée et que la loi du retour soit respectée. Toutefois, alors que l’ONU remplit sa mission de pourvoir aux besoins de base des réfugiés, les infrastructures des camps deviennent de plus en plus permanentes, consolidant du fait même leur existence. Mais quel sera le sort des 5 millions de réfugiés palestiniens lorsque les baux de location seront échus? Une question qui a intérêt à demeurer sans réponse pour la puissance occupante en place...
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1.   Nations Unies, 2015. UNRWA : Who we are. [En ligne], http://www.unrwa.org/who-we-are.
2.   Voir La Riposte, vol. 36 no 4.

mardi 13 octobre 2015

Face à la montée des violences : déclaration de solidarité avec le peuple palestinien

Montréal, le 9 octobre 2015 – Pour souligner ses 40 ans d’appui à des populations en lutte pour leur émancipation, le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) a organisé avec l’appui de l’Israeli Committee Against House Demolition (ICADH) un stage intersyndical de solidarité avec la Palestine auquel nous avons participé entre le 5 et le 18 septembre dernier.

Au retour de Palestine, nous sommes déterminés à informer le public québécois de la totale injustice et de l’oppression subies par la population palestinienne. Nous avons constaté une intensification des violations des droits humains à son endroit. Nous avons saisi l’ampleur de la complicité de la communauté internationale et du Canada dans la colonisation de la Palestine. L’occupation du territoire palestinien est une entreprise planifiée et systématique d’isolement, d’oppression physique et psychologique des communautés palestiniennes et d’appropriation de leur territoire, au mépris du droit international. Aujourd’hui, on en voit les conséquences : l’expansion de la crise de la mosquée Al Aqsa à l’ensemble du territoire palestinien fait craindre une généralisation des violences qui aura de nouveau un impact disproportionné sur les civils palestiniens.

À Jérusalem, par des moyens législatifs, administratifs, répressifs ou par une application inégale des normes, Israël prive le peuple palestinien de ses droits et lui fait subir de multiples discriminations. Il n’a pas accès aux mêmes services ou aux mêmes prestations sociales que les Israéliennes et les Israéliens. Il est privé du droit au logement, incapable d’obtenir ou de voir reconnaître ses droits de propriété. Des maisons familiales et des villages sont démolis arbitrairement, souvent de manière punitive, avec l’appui du bras armé de l’État.

En Cisjordanie, l’implantation de colonies illégales de peuplement, les déplacements forcés de populations, la monopolisation des ressources et le contrôle militaire briment les droits des Palestiniennes et Palestiniens et témoignent de l’absence d’une véritable volonté de paix de la part du gouvernement israélien. Dans la vallée du Jourdain et ailleurs, l’accès aux sources d’eau naturelles est limité ou monopolisé par les colonies de peuplement. Les Murs et autoroutes construits à grand frais sillonnent la Cisjordanie et Jérusalem. Ils limitent la libre circulation des personnes, menaçant l’accès aux soins de santé et à l’éducation. Ils coupent l’accès aux terres agricoles, compromettant  la survie économique et alimentaire de plusieurs quartiers et villages. Étouffée, l’économie palestinienne offre peu d’emplois à une population dont une partie importante est contrainte de perdre plusieurs heures chaque jour pour passer des contrôles de sécurité et occuper un emploi.

Partout, les Palestiniennes et Palestiniens sont sujets à des arrestations arbitraires par les forces militaires israéliennes, peu importe leur âge, à tout moment du jour ou de la nuit, sans recours juridique juste ou équitable. Nous avons vu une population surveillée, intimidée, menacée, violentée, humiliée, brisée jour après jour. Nous avons nous-mêmes subi les attitudes violentes des forces armées lors d’un rassemblement pacifique à Bil’in.

Nous avons été inspirés par la résistance pacifique, la résilience impressionnante et souriante, par l’espoir imperturbable des Palestiniennes et Palestiniens, tout comme des Israéliennes et les Israéliens luttant à leur côté pour plus de justice.

Nous continuerons, avec le soutien du CISO, à dénoncer l’appui inconditionnel du gouvernement canadien aux politiques racistes et illégales du gouvernement d’Israël en regard du droit international. Nous remercions les groupes palestiniens et israéliens inspirants qui nous ont  accueillis. Nous ne nous tairons pas.

En tant que citoyennes et citoyens canadiens, dans le cadre des élections fédérales, nous demandons aux candidates et aux candidats :
  • De juger les actions d’Israël à l’aune du droit international et des droits humains;
  • De mettre fin à la complaisance coupable du gouvernement canadien face à l’entreprise de colonisation massive d’Israël en Cisjordanie et à ses politiques d’apartheid;
  • De faire pression au sein de leur parti respectif pour que cesse cet appui canadien aux politiques illégales et racistes du gouvernement d’Israël.


Catherine Mélodie Babin, Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski, Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (SEECR-FEC-CSQ)
Lucie Dumoulin, Syndicat de l’enseignement de la région de Vaudreuil (SERV-CSQ)
Denise Gagnon, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
Marie-Ève Godbout, Alliance de la fonction publique canadienne (AFPC-FTQ)
Nathalie Guay, Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Michel Morency, Syndicat des employé(e)s de magasin et de bureau de la SAQ (SEMB-SAQ-CSN)
Amélie Nguyen, coordonnatrice, Centre international de solidarité ouvrière (CISO)

Crédit photo: Julie Daigneault

Un message de Palestine

Voici un texte que vient de m'envoyer Imad Temiza, vice-président des relations internationales du Syndicat des travailleurs des postes de Palestine. J'ai trouvé important de traduire ce message malgré les risques de ne pas transmettre le message exact et la maladroitesse du texte qui en résulte. Les suggestions d'amélioration seront grandement appréciées. Le message original en anglais suit.



Camarades,

Partout en Palestine, les jeunes Palestiniens se sont levés encore une fois en réaction à notre quotidien fait d'oppression, de discrimination, d'humiliation et de violation de nos droits humains fondamentaux. Ils se sont levés pour la liberté, la dignité et la justice. La réponse de la puissance coloniale occupante à notre résistance fut d'augmenter la violence de sa répression et de ses mesures de sanction collective afin de forcer notre peuple à se soumettre, alors qu'elle poursuit ses confiscations territoriales agressives, qu'elle renforce ses politiques d'apartheid et qu'elle continue à supporter les actes de violence accomplis par les habitants des colonies. Depuis le début d'octobre 2015, selon le Ministre palestinien de la santé, 1300 civils palestiniens furent atteints par des balles de fusil ou des balles de caoutchouc lors de manifestations non armées et alors qu'ils tentaient de protéger leur quartier et leur maison des raids de l'armée et des attaques des colons. De plus, des milliers ont été affectés par l'inhalation de gaz lacrymogènes. 24 Palestiniens ont été tués, plusieurs d'entre eux étaient des enfants.

Non seulement l'armée et la police israéliennes protègent les colons israéliens, mais ils les aident et sont complices de cette violence. Les colons attaquent par des tirs d'armes, des coups physiques, en endommageant ou en mettant le feu aux maisons, aux récoltes ou aux arbres, en volant et en prenant possession des propriétés. Jusqu'à la mi-2015, UN-OCHA avait documenté 127 attaques de colons. Est incluse parmi celles-ci l'incendie volontaire de la maison de la famille Dawabsheh à Douma, qui a causé la mort du père, de la mère, du bébé Ali ainsi que de nombreuses blessures à son frère. Les responsables n'ont pas été mené en justice. Depuis le début du mois, les attaques de colons ne cessent d'augmenter en nombre et en violence et plusieurs villages palestiniens ont été contraints à former des comités de surveillance pour tenter d'arrêter les groupes de colons qui viennent les attaquer en pleine nuit.

Plus que jamais, le mouvement de résistance populaire palestinien a besoin de votre solidarité et de votre soutien. Nous avons besoin de vos voix, que vous partagiez autour de vous ce qu'est la situation actuelle, et que vous preniez action pour renforcer le mouvement de boycott, désinvestissement et sanction (BDS). Aidez-nous à mettre fin à l'impunité dont profite Israël pour ses crimes contre le peuple Palestinien.

Palestinian Postal Services Workers Union (PPSWU)
palpostmen@gmail.com

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Report: the current situation in Palestine Comrades, All over Palestine, Palestinian youth have risen once again against daily oppression, discrimination, humiliation, and violations of most basic human rights. They have risen for freedom, dignity and justice. The Israeli colonial occupying power’s response to the protests has been to upgrade its violent repression and collective punishment measures in order to force people back into submission, while it pursues its aggressive land grabs, reinforces its apartheid policies, and continued to support violent settler communities. Since the beginning of October 2015, according to the Palestinian Ministry of Health, 1300 Palestinian civilians have been shot with live ammunition or rubber coated bullets during unarmed protests, and while attempting to protect their neighborhoods and homes from army raids and settler attacks. In addition, thousands have been injured by tear gas inhalation. 24 Palestinians have been killed, several of them children. Israeli army & police are not only providing protection to Israeli settlers’ violence, but they are aiding and abetting such violence. Settler attacks include shootings and beatings of Palestinian civilians, damaging and setting fire to property, crops and trees, theft, and the takeover of property. By mid-2015, UN-OCHA had documented 127 settler attacks. These include the arson of the Dawabsheh family house in Douma that caused the death of infant Ali, his father and mother, and severe injuries to his brother. None of the perpetrators have been brought to justice. Since the beginning of the month, settler attacks have escalated in number and violence, and many Palestinian villages have been forced to set up watch committees to try to stop mobs of settlers from attacking them at night. More than ever, we need your solidarity and support with Palestinian popular resistance. We need you to raise your voices to spread knowledge of the current situation, and take action to reinforce the global boycott, divestment and sanctions movement. Help us put an end to Israeli impunity for its crimes against the Palestinian people. PPSWU Palpostmen@gmail.com

De l'utilisation de « check-point »

Je viens de terminer de lire le roman « Check-point » de Jean-Christophe Rufin. Curieuse, j'avais téléchargé le livre avant mon départ, uniquement à cause de son titre, sachant que je traverserais de nombreux check-points en Palestine. J'ai débuté la lecture lorsque j'étais en Croatie et je fus agréablement surprise de voir que les événements du livre se déroulent durant la guerre de Yougoslavie! 

Mais ce que j'ai envie de partager avec vous, c'est un extrait de la postface du livre sur l'utilisation du terme check-point. Je suis en train de travailler sur des textes sur mon expérience en Palestine et je me suis moi-même interrogée sur l'utilisation de cet angliscisme, ou de sa traduction française, « point de contrôle ». J'ai donc trouvé la réflexion suivante intéressante.

« Il est vrai qu'à la différence de « check-list » ou de « check-up », le terme « check-point » ne figure pas (encore) dans les dictionnaires français. Il me semble pourtant que ce mot n'a pas vraiment d'équivalent et qu'il s'impose désormais de façon assez universelle, y compris dans notre langue. Sa traduction officielle, « point de contrôle » (ou « poste de contrôle »), n'est pas tout à fait satisfaisante. Elle ne rend compte que d'un des sens de ce mot : celui qui renvoie à une utilisation militaire classique, comme autrefois le point de contrôle entre Berlin-Est et Ouest, le fameux Checkpoint Charlie.

Les check-points que l'on rencontre aujourd'hui dans de nombreux endroits du monde sont beaucoup moins ordonnés. Ils sont l'expression du chaos, de la violence et du morcellement que connaissent les pays soumis à une guerre civile, au Moyen-Orient, en Afrique ou dans l'est de l'Europe. Dans ces situations extrêmes, la frontière est partout. Chacun devient le gardien de son propre territoire. Un fil tendu en travers d'une route, quelques huttes de feuilles, des armes souvent rudimentaires, et l'on se trouve devant un check-point.

D'un point de vue métaphorique, le check-point est aussi devenu le symbole du passage d'un univers à un autre, d'un ensemble de valeurs donné à son contraire, de l'entrée dans l'inconnu, le danger peut-être. »

Jean-Christophe Rufin, 2015. Check-point. Éditions Gallimard, 400p.


Non, les check-points que j'ai vu en Palestine n'ont rien à voir avec un simple « point de contrôle » ou une banale douane frontalière. À l'image de l'oppression, de la domination, de l'humiliation qu'ils représentent, ils méritent leur propre appellation. C'est donc celle que j'utiliserai.

dimanche 11 octobre 2015

Pourquoi une mission de solidarité en Palestine?

Publié le 8 octobre 2015 dans La Riposte vol. 36 no 4.

Le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) est une organisation intersyndicale de solidarité internationale regroupant des organisations syndicales québécoises, des groupes populaires et des membres individuels. À travers ses activités d'éducation et de coopération, le CISO cherche à créer des liens de solidarité entre travailleuses et travailleurs d'ici et d'ailleurs. Il voit le jour en 1975, en réponse à la Conférence internationale de solidarité ouvrière de Montréal qui rassemble des leaders du mouvement populaire et syndical et des organisations non gouvernementales.


Depuis sa formation, le CISO a organisé plus de 50 stages syndicaux à l'étranger. À l'occasion de son 40e anniversaire, les membres du conseil d'administration ont décidé d'organiser un stage en Palestine, lieu où s'est tenu le tout premier stage syndical.

Alors que la situation est stable depuis la dernière guerre de Gaza et que l'attention médiatique s'en retrouve détournée vers d'autres conflits au Moyen-Orient, la situation du peuple palestinien demeure critique et l'étau se resserre de plus en plus. La mission de solidarité syndicale se voulait donc l'occasion de sensibiliser les stagiaires à la situation des Palestiniennes et Palestiniens, et plus particulièrement à celle des travailleuses et des travailleurs, d'appuyer les luttes du mouvement de défense des droits palestiniens et de renforcer les liens de solidarité entre les organisations québécoises et palestiniennes.

Pendant les dix jours qu'a duré le stage, une vingtaine d'organisations furent rencontrées, ainsi que des gens, Palestiniens et Israéliens, plus inspirants les uns que les autres.


Rencontres avec des organisations syndicales
La situation syndicale en Palestine est complexe; si les principaux groupes syndicaux sont critiqués pour leur proximité avec les partis politiques, d'autres, plus petits et « indépendants », sont accusés de manquer de représentativité. Les organisations semblent donc travailler en vase clos.

Les enjeux sur lesquels travaillent les syndicats palestiniens sont nombreux; en plus de chercher à améliorer les conditions de travail de leurs membres, ils doivent le faire dans un contexte d'occupation de leur territoire. De plus, les syndicats palestiniens n'ont pas la légitimité nécessaire pour assurer la défense des droits des Palestiniennes et Palestiniens qui travaillent en Israël et sur les colonies de peuplement.

Rencontres avec des organisations de défense des droits humains
Les droits humains des Palestiniennes et Palestiniens ne sont pas respectés par Israël, en mépris complet des drois internationaux. Les moindres aspects de la vie quotidienne sont contrôlés par le gouvernement israélien; la signature des accords d'Oslo en 1993 ne semble qu'avoir empiré la situation. Heureusement, de nombreux groupes, dont certains sont israéliens, oeuvrent afin de lutter contre l'oppression et la colonisation et pour plus d'équité entre les deux populations.

Rencontres avec des organisations palestiniennes de solidarité
Les membres de la délégation ont rapidement constaté que les Palestiniennes et Palestiniens font preuve d'une résistance pacifique, d'une résilience souriante et d'un espoir imperturbable malgré la situation difficile qu'ils vivent. Au lieu de se décourager, plusieurs ont décidé de s'organiser afin de développer l'économie locale, de lutter contre les conséquences de l'occupation et d'insuffler de l'espoir à leur famille et leur communauté.

Rencontres avec des intellectuels et militants
Les rencontres avec certains acteurs du milieu universitaire et intellectuel de Palestine ou d'Israël ont permis aux membres de la délégation de porter plus loin leur réflexion et leur compréhension du contexte, notamment ce qui concerne la situation des femmes de Palestine, l'accès aux soins de santé, les stratégies de colonisation mises en place par Israël, ainsi que l'avenir du processus de paix et des mouvements sociaux de Palestine.

Sorties de terrain
La fragmentation géographique résultant de la colonisation est omniprésente : le Mur, l’implantation de colonies de peuplement illégales, les déplacements forcés de populations, la monopolisation des ressources et le contrôle militaire briment les droits fondamentaux des Palestiniennes et Palestiniens. L'accès aux écoles est limitée pour les enfants et la survie économique de villages entiers est menacée par l'inaccessibilité des terres agricoles. Dans la vallée du Jourdain et ailleurs, l’accès aux sources d’eau naturelles est limité ou monopolisé par Israël.
  • visite du quartier palestinien de Jabal Mukaber à Jérusalem;
  • visite des colonies israéliennes de Ma'aleh Adumim, Mishur Adumim et Na'mah;
  • visite des vieilles villes de Naplouse et de Hébron;
  • visite des villes enclavées Anata, Qalqilya, Bir Nabala et Nabi Samwil;
  • visite des camps de réfugiés de Shu'fat, Aida et Balata;
  • visite des check-points de Qalqilya et Qalandiya;
  • visite du camp de bédouins de Khan al-Ahmar et de son école;
  • visite de la rivière asséchée de al-'Oja;
  • visite du bureau de poste de Hébron;
  • visite du Canada Park.

Sur place, il est difficile de faire l'autruche face aux impacts de la colonisation sur la vie quotidienne des Palestiniens et Palestiniennes. Les membres de la délégation reviennent de cette expérience avec des images plein la tête et une tonne d'informations, mais surtout, beaucoup d'indignation et de motivation à la partager.


Les membres de la délégation du CISO. Assises, de gauche à droite : Denise Gagnon, FTQ et Julie Daignault, FiQ. Debout : Nathalie Guay, CSN; Marie-Ève Godbout, FTQ; Amélie Nguyen, coordonatrice du CISO; Michel Morency, CSN; Catherine Babin, CSQ; Lucie Dumoulin, CSQ.



vendredi 25 septembre 2015

Petit guide des douanes israéliennes

Bon! J'ai tardé un peu pour faire cet article et j'espère que ma mémoire sera en forme pour se rappeler de toutes les nombreuses étapes à franchir. Car on n'entre pas en Israël comme un éléphant dans un jeu de quille... enfin, vous comprenez. Aussi, il n'y aura aucune photo car c'est interdit de photographier les installations militaires en Israël. Comme l'armée est partout, il est parfois difficile de savoir ce que l'on peut photographier ou non. On a pas pris de chance!

1. Se rendre aux douanes jordaniennes.
Le chauffeur ne peut pas entrer avec nous, nous devons donc prendre nos valises et traverser la barrière. On montre nos passeport à un douanier bien armé (à partir de maintenant, gardez en tête que tous les douaniers mentionnés dans cette histoire ont une immense mitrailleuse en bandoulière) pas très jojo (à partir de maintenant, gardez en tête que tous les douaniers mentionnés dans cette histoire ne sont pas jojo - mais ça s'empire une fois rendus en Israël). Il nous regarde bien longuement dans les yeux - c'est intimidant.

2. Douanes jordaniennes.
On commence par mettre nos bagages dans une machine à rayons X et passer le détecteur de métal (objet de la vie courante en Israël et en Palestine). De l'autre côté, on passe à un petit guichet où un douanier nous remet un papier sur lequel nous devons écrire notre nom et numéro de passeport. Puis, il vérifie notre passeport et notre visa jordanien et donne le passeport à un autre douanier par une petite fenêtre. On ne reverra pas notre passeport avant quelques heures...
L'autre douanier nous appelle un à un, nous regarde et nous dit ok. On s'en va rejoindre les autres dans la salle d'attente - sans notre passeport.

3. Attendre l'autobus
Aucune voiture non autorisée ne peut traverser le pont Allenby (aussi connu sous le nom de King Hussein Bridge, la seule frontière entre la Jordanie et la Palestine). Le pont Allenby est très particulier; il est reconnu comme une porte d'entrée sur leur territoire par à la fois Israël et la Palestine. Par contre, pour la Jordanie, il ne s'agit pas d'une frontière et on ne peut pas entrer en Jordanie par là si on ne possède pas déjà le visa jordanien.

Il s'agit de la seule voie d'accès au reste du monde pour les Palestiniens car ils ne sont pas autorisés à se rendre en Israël et donc, ils ne peuvent se rendre au seul aéroport israélien, l'aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv. Pour leur part, ils n'ont pas besoin de visa jordanien car ils sont, pour l'instant, considérés comme des citoyens jordaniens par la communauté internationale. Ils ne possèdent pas de passeport, mais un document de voyage qui indique qu'ils sont résidents d'Israël et citoyens jordaniens. Vous pensez que c'est compliqué? Ça c'est rien! Attendez que je vous parle des différents statuts pour les Palestiens sur leur propre territoire... Mais revenons à notre histoire.

Nous attendons donc l'autobus, qui dans notre cas a pris presque deux heures à arriver. Impossible de savoir combien de temps cela va prendre : « the bus is coming when the bus is coming ». Pour l'attente, deux possibilités : dehors sous une chaleur torride ou à l'intérieur où une colonie de mouches mordeuses vous attaque. Seule distraction en attendant, une boutique duty-free sans intérêt, une grande murale présentant le roi de Jordanie et ses prédécesseurs et un guichet automatique qui ne donne que des dinars jordaniens (peu pratique quand on veut se rendre en Palestine). Les gardes armés qui se promènent un peu partout ne prêtent pas goût à la balade. On prend donc notre mal en patience en laissant la nervosité augmenter, car on sait que le plus difficile reste encore à venir.

4. Prendre l'autobus
L'autobus arrive et il faut payer. Un frais par personne et un frais par bagage. Puis, tranquillement, il se joint à la ligne d'attente d'autobus et de camions de transport. Il y a peu à voir, sinon des clôtures, du barbelé, des tours d'observations, du béton, des camions. Il devrait être excitant d'enfin traverser le pont pour jeter un coup d'oeil sur le Jourdain, mais celui-ci est tellement asséché par les systèmes de pompage israéliens qu'il est en fait inexistant.

On arrive enfin à la douane israélienne. Le chauffeur descend en nous indiquant de rester dans l'autobus. Puis, il sort nos bagages un à un sur le trottoir et s'en va. Plusieurs minutes s'écoulent, heureusement on peut jeter un coup d'oeil sur les valises, mais que ferait-on si quelqu'un s'emparait de l'une d'entre elles? Disons qu'au nombre de mitrailleuses dans le coin, on ne se fait pas convaincre de rester assis bien sagement dans notre autobus, quoi qu'il arrive.

Finalement, un autre gars arrive avec nos passeports, nous les distribue, on nous permet de sortir de là et de récupérer notre valise. On se sent quand même mieux avec ce précieux document entre nos mains!

5. Les douanes israéliennes
D'abord, il faut laisser notre valise sur un convoyeur qui disparait à l'intérieur, on ne sait où, vers une autre machine à rayons X (comme si nous avions eu l'occasion entre celle-ci et la précédente d'y mettre des bombes ou des armes!). Un douanier appose une étiquette sur l'endos de notre passeport. Il n'y a pas de question à poser, il faut faire vite et on suit les autres; car les instructions se font rares. Heureusement que notre accompagnatrice, Lisa, connait bien le processus et nous avait bien informé d'avance!

Ensuite, on passe à un premier guichet, je donne mon passeport. Le douanier vérifie que j'ai bien la même face et me demande le nom de mes parents. Je lui réponds rapidement en prononçant les noms bien à la québécoise. C'est clair qu'il n'a rien compris, mais il semble satisfait. Il appose une autre étiquette sur l'endos de mon passeport et m'envoie à l'intérieur.


Là, on fait la file. On passe un autre rayon X avec nos bagages à main et un autre détecteur à métal. On donne encore nos passeport à un douanier (comptez-vous les fois?). À chaque fois, ils font du zèle : ils regardent la première page, me regardent, regardent le document à nouveau, me regardent à nouveau et, l'air déçus, me rendent le passeport et me font signe de continuer. Certains d'entre nous se font fouiller un peu leur sac à main, mais personne n'avait rien à se reprocher.

Prochaine étape, c'est la plus stressante. Le « vrai » douanier. (À quoi servent les autres?) C'est celui qui peut poser les questions chiantes, celui à qui il ne faut pas dire qu'on s'en va en Palestine, ne pas prononcer aucun nom palestinien. C'est devant lui qu'il faut avoir l'air de bêtes touristes qui se sont payé un tour organisé pour visiter les lieux saints et qui ne savent rien du conflit israélo-palestiniens. Ceux qui croient, comme le laissent entendre les médias, que les Palestiniens sont les méchants terroristes et que toutes ces étapes servent bel et bien à assurer notre sécurité.

Lisa passe en premier pour expliquer que nous sommes un groupe de touristes. Pour ma part, tout va bien : on me demande le nom de mon père (encore?), on glisse un petit billet dans mon passeport et on me fait signe de procéder. Par contre, Lucie n'a pas eu cette chance. Elle est tombée sur une douanière en power trip qui lui a posé tant de questions que Lucie a bien manqué pleurer. Heureusement, elle a fini par la laisser passer.

Le fameux « petit papier » fait office de visa, comme on en reçoit dans notre passeport dans la plupart des pays où on voyage. Certains pays arabes ne laissent pas entrer les visiteurs qui possèdent un tampon israélien dans leur passeport. Israël ne tamponne donc plus les passeports pour cette raison. Par contre, il faut bien faire gaffe de ne pas perdre ce petit papier! C'est la première chose qui est vérifiée à n'importe quel check-point, lorsqu'une police vous arrête, etc. Également, impossible de sortir du pays sans celui-ci. Lisa, qui est extraordinaire, avait donc prévu la petite brocheuse pour s'assurer que tout le monde garde bien son visa jusqu'à la fin du périple.

À gauche, le visa jordanien. À droite, le papier bleu est le visa d'entrée et le rose est le visa de sortie.

Prochaine étape, et ça devient redondant : se mettre en ligne, donner son passeport à un douanier, qui le regarde bien attentivement, qui nous regarde bien attentivement, qui regarde bien attentivement notre petit papier et qui nous fait signe d'avancer.

On récupère nos valises qui trainent dans un coin sans surveillance depuis on ne sait plus quand. Normalement, la première étiquette que nous avons reçu sur notre passeport en arrivant devrait permettre à un douanier de vérifier que l'on part bel et bien avec nos possessions et non pas celles des autres, mais personne ne vérifie. C'est pas par manque de personnel, pourtant!

Il faut enfin passer entre deux comptoirs où se trouvent des douaniers. Lisa nous donne une dernière instruction : « just go out and don't look anybody in the eye ». C'est ce qu'on fait et on se retrouve finalement dehors! En Palestine (mais il faut pas le dire, encore)!

La nervosité tombe, sauf pour cette pauvre Lucie qui est encore ébranlée. Tout le monde raconte son expérience : « moi, ils m'ont demandé ça » « moi, rien du tout! » « le premier douanier m'a crié après », etc. Lisa est surprise que tout le monde soit passé sans anicroche; heureusement, elle ne nous avait pas fait part de cette crainte avant!

Une chose est certaine, l'expérience aurait été extrêmement difficile si j'avais été seule et sans aucune connaissance sur le déroulement. Mais je suis contente que tout se soit bien passé. Il parait que c'est bien pire à l'aéroport de Tel-Aviv. Je vous dit ça, juste comme ça.

Quelqu'un a compté le nombre de douaniers?

jeudi 17 septembre 2015

(Décider de) quitter la Palestine

La mission de solidarité en Palestine est terminée. Ce fut tout un marathon, et c'est pourquoi je n'ai absolument pas eu le temps de publier sur le blog. Je suis épuisée, mon cerveau est complètement saturé d'informations mais surtout, d'informations assez déprimantes. Mon bilan c'est que le peuple Palestinien est dans une bien piètre situation. Et qu'il n'y a pas grand chose à faire.

Alors, justement, que vais-je faire? La question s'impose depuis notre arrivée ici et nous l'avons posé à tous les groupes et personnes que nous avons rencontré. Les réponses tournent autour des mêmes thèmes : sensibilisation, partage, éducation. Certains nous ont interpellés par rapport à notre gouvernement fédéral. D'autres ont suggéré la campagne « Boycott Désinvestissement Sanction » envers Israël. Mais tous, sans exception, nous ont demandé de transmettre leur message, leur réalité, leur situation.

C'est bien beau de parler, d'écrire, de raconter mais rien ne frappe plus que d'être ici et de vivre l'oppression, la séparation et la discrimination. Comment pourrons-nous choisir les mots qui seront assez puissants pour signifier ce qui se passe ici? Comment arriverai-je à vous faire verser les larmes que nous avons versé? À vous faire ressentir la colère et la frustration que nous, touristes privilégiés, avons ressenti? Nous pouvons très bien imaginer que les émotions que nous avons vécues en deux semaines n'ont rien à voir avec ce que les gens vivent continuellement ici, depuis plusieurs générations et face à une discrimination qui les vise directement.

Durant mon séjour, on m'a offert de rester ici et de donner un coup de main à un organisme de défense des droits palestiniens : travaux de recherche, de communications avec des organismes internationaux, rencontres sur le terrain avec les Palestiniens et mise en oeuvre d'une campagne à l'occasion du début de la récolte annuelle d'olives. L'organisme m'offrait un immense appartement gratuit à Ramallah et autant d'espace que voulu pour travailler sur mes projets personnels. L'occasion idéale de rester et de me sentir réellement utile, non?

Mais pourtant, je n'ai jamais réussi à être en paix avec cette option. L'incertitude m'a pourchassé nuit et jour pendant 4 jours jusqu'à ce que je réalise que je n'étais pas prête à rester ici. Le stage m'a rentré dedans et j'ai besoin de reprendre mon souffle. J'ai aussi réalisé que de me lancer dans cette aventure risquait de me détourner des objectifs que je m'étais donné pour mon voyage avant de partir.

Malgré la certitude que je prends la bonne décision en quittant la Palestine, je porte maintenant un énorme poids sur la conscience. S'il est vrai qu'il n'y a jamais de bonne et de mauvaise décision, dans ce cas-ci, il y a le choix facile à faire et le choix difficile. Et je suis consciente que simplement d'avoir ce choix est un privilège immense. Les Palestiniens n'ont pas le luxe de quitter leur pays lorsqu'ils ont peur, ou lorsqu'ils sont inconfortables.

J'ai donc choisi l'option facile, celle de continuer mon chemin comme prévu et de poursuivre ces objectifs tout personnels que je m'étais donné pour mon voyage. Les sentiments d'égoïsme et de lâcheté me poursuivent depuis, mais je réussirai probablement à les apprivoiser. Et pour le faire, je me suis promis de faire exactement ce que les Palestiniens nous ont donné comme mission : porter leur message et sensibiliser le monde à leur réalité.


Tout ça pour dire que vous n'avez pas fini de m'entendre sur la Palestine parce qu'en décidant de la quitter, j'ai contracté une dette énorme que je compte bien rembourser.

mardi 8 septembre 2015

À destination : Jérusalem

À destination : Jérusalem

M'y voilà enfin! La Palestine! Après 9 mois d'espoir et d'attente, j'ai de la misère à réaliser que cela se réalise enfin. Je ne veux pas que cet article soit trop long, alors je m'y mets directement.

J'ai rencontré le groupe avec qui je réalise le stage à l'aéroport et nous nous sommes embarqués pour nos 20 heures de vol. Comme nous volions sur Air France, nous avions droit au gros luxe. Comme par exemple, du vin et du porto avec notre repas. J'ai aussi pu confirmer que je suis maintenant assez vieille pour dormir dans l'avion! Seul fait à mentionner : dès que nous avons commencé à survoler Israël, plus personne n'avait le droit de circuler dans l'avion. Un garde faisait du va-et-vient pour s'assurer que nous étions bien attachés et tranquilles.

Nous sommes arrivés à Amman en Jordanie autour de 20h. Après l'achat du visa jordanien (presque 100$!), nous avons rencontré Lisa Arnold, une australienne qui connaît bien la Palestine et qui accompagne régulièrement des groupes comme le nôtre. Direction l'hôtel pour un bon souper et un court dodo et on repart le lendemain.

Après un délicieux déjeuner tout à fait à mon goût (feta, hoummous, concombre, tomates, olives, huile d'olive – les olives sont incroyables), nous nous sommes rendus au bureau régional de la région arabe de la Confédération syndicale internationale. Nous y avons rencontré Mustapha, un tunisien francophone, qui nous a parlé de la situation politique et syndicale dans la région arabe, en portant une attention particulière au cas de la Palestine. Nous avons pu nous initier avec la structure et les organisations syndicales palestiniennes, quoi que la plupart d'entre nous sentons que nous ne maitrisons pas encore tout à fait ce sujet. Mustapha semblait beaucoup préoccupé par la situation en Syrie et a souvent ramené la discussion là-dessus. Encore une fois, ma connaissance du sujet est très limitée mais on ne peut quand même pas rester insensible à ce que subissent nos frères et soeurs.

Après cette rencontre, nous avons pris la route vers la frontière entre la Jordanie et Israël (en fait, c'est la Cisjordanie, mais c'est compliqué... Je vous en reparlerai). Traverser les douanes fut un des moments forts du voyage, mais j'en ferai un article à part pour ne pas allonger celui-ci.

Nous sommes arrivés à Jérusalem beaucoup plus tard que prévu. La visite de la vieille ville était à l'horaire ce soir-là, mais finalement, nous n'avons eu le temps que d'aller souper. Nous sommes allés dans un restaurant palestinien (nous n'encourageons que palestinien : hôtels, restos, bière et vin) où j'ai mangé un délicieux plat palestinien dont le nom m'échappe. Nous avons fumé du narguilé (shisha ou argeelesh) et bu du vin palestinien en jasant avec le serveur, Noor, un palestinien super allumé qui nous a raconté plein d'histoires de check-point et qui a partagé son point de vue avec nous sur la situation de son pays. C'était vraiment intéressant.

À mon lever ce matin, j'ai remarqué qu'il y avait beaucoup de brume sur Jérusalem, on pouvait à peine voir trois immeubles plus loin. J'ai été surpise puisque nous sommes en plein désert, mais je n'ai pas poussé la réflexion plus loin. Lorsque je suis descendue déjeuner, on m'a appris que c'était en fait une tempête de sable. J'étais contente d'expérimenter cette condition climatique pour la première fois, mais malheureusement, cela voulait dire que nous n'aurions aucune visibilité pour la journée. Comme nous partions à la découverte de Jérusalem et que celle-ci est fait de collines et de quartier en surplomb, nous avons manqué beaucoup de paysages.

Qu'à cela ne tienne, la journée a été extrêmement intéressante. Nous avons pris à bord de notre super mini bus Chaska, une israélienne qui milite au sein du Israeli Comitee Against Home Demolitions (ICAHD). Elle nous a mené partout dans la ville sans jamais cesser de nous informer sur différents sujets. Comme je veux garder mes articles assez courts pour garder votre attention et que je veux appronfondir tous les sujets avant de les partager avec vous (et que pour l'instant, le rythme du stage m'empêche de le faire), je ne ferai que vous nommer rapidement ce que nous avons fait : nous avons visité des quartiers palestiniens et d'autres israéliens, nous avons visité une des plus grandes colonies de Jérusalem, nous avons vu des maisons démolies et le champ de ruine qui demeure, le mur de la honte, un quartier de Jérusalem qui se retrouve complètement enclavé par le mur et dont le quotidien de ses habitants est un véritable enfer en raison de l'absence de tout service municipal (police, voirie, eau, ramassage des ordures, électricité, etc.), un camp de réfugiés et la colonie voisine ainsi qu'un check point à l'heure de la sortie des classes. Cheska avait avec elle différentes cartes de la Palestine don elle s'est servie pour nous montrer géographiquement les stratégies de colonisation d'Israël. Nous avons tant appris que j'ai déjà rempli la moitié de mon carnet de notes et je ne peux attendre d'en savoir plus.

Nous devions dîner dans une famille qui a vu sa maison être démolie six fois (et qui l'ont reconstruite à chaque fois, sauf la dernière, notamment avec l'aide du ICAHD), mais finalement ils étaient malades et ont dû annuler. Nous avions donc la soirée pour, soit partir à la découverte de la vieille ville de Jérusalem, ou rencontrer un ami d'une collègue du groupe qui travaille pour un syndicat Palestinien. Lucie, Julie et moi avons décidé de visiter la vieille ville et nous nous sommes baladées dans celle-ci pendant plusieurs heures.

Nous n'avons pas eu la chance de voir le Dôme du Rocher (symbole doré de Jérusalem et 3e lieu saint de l'islam) puisque les heures de visite pour les non-musulmans étaient terminées. Nous avons tout de même pu voir le mur des Lamentations (après avoir passé dans un détecteur de métal comme à l'aéroport) et l'église du Saint-Sépulcre.

Le mur des Lamentations date du Temple de Jérusalem des juifs du 1er siècle. C'est l'endroit le plus saint de la religion juive pour la prière. L'esplanade est donc remplie de juifs; les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Du côté des hommes, il y a moins de monde mais beaucoup d'activité : un groupe chante et danse en rond et plusieurs juifs orthodoxes lisent la Torah à proximité du mur. Du côté des femmes, c'est bondé et plus tranquille.


Nous avons aussi trouvé notre chemin jusqu'à l'église du Saint-Sépulcre, où se trouve des trucs vraiment bizarres. Comme par exemple la pièce de bois sur laquelle Jésus était posé à l'intérieur de son tombeau, plein de morceaux de rochers à même les murs de l'église qui sont enfermés dans des boîtes de plexiglass et des petites boîtes ornées d'objets religieux dans lesquelles les gens s'infiltrent pour faire une prière sur une grande plaque de marbre. Je vais devoir faire un peu de recherche sur cette église pour comprendre ce que j'y ai vu ainsi que le comportement des fidèles qui y sont.


Après avoir acheté quelques fruits à des vendeurs de rue, nous sommes revenues à notre hôtel, la face brûlée par le sable dans l'air et, disons-le, le nez bien sec. Nous avons appris que la tempête de sable est vraiment immense, qu'elle s'étendrait jusqu'à Beyrouth (capitale du Liban) et qu'elle aurait déjà fait deux accidents de voiture et huit morts. Partout, sur les voitures, et même sur nos vêtements, il y a une couche de sable qui s'est déposée. Nous espérons que l'air se clarifie cette nuit.


Je n'aime pas du tout cet article que je trouve précipité. Il y a tant d'injustice que j'ai à crier... Je n'ai pas le temps d'appronfondir les sujets comme je le faisais en Indonésie mais je compte bien le faire après le stage. Pour l'instant, je ne veux que profiter au maximum de chaque moment passé ici!

dimanche 30 août 2015

Préparatifs pour un voyage en Dystopie

Je n'ai pas écrit depuis un bout ici parce que j'étais de passage à la maison pour 3 semaines. Maudit qu'elles ont passé vite! Environ 1 semaine à me remettre du décalage...10 jours sur la trotte entre Montréal, Amqui et Edmundston. Pour le décalage, c'était la première fois de ma vie. On a plus 20 ans, qu'ils disent!

Pourquoi Montréal? Pour participer à la formation pré-départ du stage en Palestine. J'ai pu y rencontrer les autres membres du groupe avec qui je vais participer au stage, les super organisatrices et autres membres du CA de l'organisme avec qui je pars. J'ai rencontré des gens extraordinaires : des Palestiniens, des juifs et des Israéliens qui militent pour la paix en Palestine, des Québécois avec un amour en plein coeur pour ce pays.

On nous a parlé de l'historique du conflit israélo-palestinien, de la situation des Palestiniens dans le monde, des mouvements civils en Palestine et des initiatives menées ici, au Québec. On a bien sûr pris le temps de discuter des aspects pratiques (et moins) d'un voyage en Dystopie. Si le sujet de la sécurité a peu soulevé les foules, c'est le passage aux douanes israéliennes qui s'avère le plus inquiétant. En plus de ne pas pouvoir dévoiler aux douaniers la raison de notre visite (ce fut pour moi toute une épreuve de dire au douanier canadien, une fois, « non, non, j'ai pas de saucisson »), le contenu de mon ordinateur, de mon téléphone cellulaire et même de mon compte Facebook risquent d'être vérifiés. Vous comprendrez donc que je me garde une petite gêne sur les sujets traités dans cet article... Pour l'instant.


Malgré tout, j'ai appris pendant ces deux journées énormément de choses et j'ai bien hâte de les partager avec vous. En même temps, je sais que je ne sais encore rien. J'ai si hâte d'avoir le temps de me poser, me plonger dans tout cela et de partager avec vous ce voyage qui sera, j'en suis sûre, déterminant pour le reste de ma vie.