Quand on arrive à Algeciras, on sent
déjà que l'Afrique n'est pas loin : terrasses de cafés et
restaurants de sharwama au mobilier de plastique, les déchets qui
jonchent les rues, les familles marocaines et les femmes voilées et
bien sûr, notre toute première arnaque. Notre chauffeur de
Blablacar, qui nous avait pourtant averti durant le trajet de faire
attention de ne pas acheter notre billet de traversier n'importe où,
nous amène à un comptoir. Tout va vite, le bateau part bientôt et
nous succombons quelque peu à la naïveté. Croyant qu'il est de
bonne foi, je le remercie et nous nous quittons. L'homme au comptoir
me vend nos billets pour l'Afrique : 60 euros.
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Deux billets pour l'Afrique! |
Une fois arrivé au guichet
d'enregistrement du port, nous réalisons que le vrai prix du billet
est de 20 euros chacun. Tant pis, on prend ça comme notre
introduction au Maroc, sachant que ce ne sera pas la dernière fois
qu'on se fait tromper! De toute façon, la dame au guichet panique un
peu : il faut immédiatement monter au deuxième étage pour attraper
le bateau, ça presse! On court comme des fous, on arrive, soulagés,
sur le bateau et finalement, ce n'est que 45 minutes plus tard que le
bateau va appareiller. Une autre réalité marocaine avec laquelle
nous devrons apprendre à composer.
Sur le bateau, nous rencontrons
Florent, un musicien français qui habite à Rabat (la capitale)
depuis 2 ans. Tout le long du trajet, nous discutons avec lui à
propos du Maroc et toutes ses réponses à nos question sont, disons,
inquiétantes : personne n'est digne de confiance, tout le monde va
tenter de nous soutirer de l'argent, il ne faut pas trainer le soir,
les femmes non voilées qui fument ou qui boivent sont vues comme des
putes et il est trop risqué de faire du camping et encore plus du
stop (le visage de Thomas se décompose alors qu'il comprend que nos
plans de faire du stop sont encore à l'eau). C'est à se demander
pourquoi il y habite, mais bon. On comprend toutefois que ce
personnage haut en couleur ne doit pas nécessairement fréquenter le
même genre d'endroit et de gens que nous...
On a peu le temps de déchanter car
voilà que la silhouette du continent africain se dessine à
l'horizon. On devient fous, fous!
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Regarde, c'est l'Afrique! |
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On trippe comme des bananes... |
Florent doit absolument arrêter au
duty-free pour acheter un maximum de bouteilles d'alcool mais après,
nous prenons un taxi pour la gare d'autobus de Tangier. En retard
pour son spectacle de musique du soir, Florent nous quitte dès qu'on
y arrive et Thomas et moi cherchons le bus pour Essaouira. On achète
nos billets pour un bus de nuit qui part dans quelques heures. On a
donc un peu de temps pour nous poser dans un parc en face de la
mosquée et c'est au son de la prière du soir que nous prenons un
moment pour réaliser que nous sommes bel et bien arrivés au Maroc.
Dès lors, je découvre avec grand
plaisir que le Maroc est beaucoup plus calme que je ne me l'avais
imaginé. Les gens sont super gentils et je ne me sens pas du tout
harcelée par les hommes, contrairement à l'idée que j'avais reçu
du fait d'être une touriste femme dans ce pays. Aussi, le français
est beaucoup plus commun que je le croyais et je trouve
particulièrement ravissant de voir les publicités en arabe et en
français. Je me sens déjà bien au Maroc, et tant pis pour ce qu'a
pu nous faire croire Florent. Thomas, pour qui c'est la première
visite dans un pays en développement, vit un petit choc culturel qui
passera très rapidement. J'en profite pour revoir à travers ses
yeux la découverte de toutes ces différences, à laquelle on
devient de plus en plus habitué à mesure que l'on voyage.
Après une nuit sans sommeil, malgré
le relatif confort de l'autobus et une escale plutôt stressante à
Marrakech, on arrive enfin à Essaouira. Si on compte depuis notre
départ de Granada, c'est un long voyage de 24 heures qu'on vient de
réaliser mais on est surexcités d'être arrivés! On file
directement à l'auberge la moins chère d'Essaouira, qui se trouve
en plein coeur du souk, dans la vieille médina. Même si on passe un
peu vite, l'endroit me charme. C'est sale, ça pue, c'est plein de
gens, mais mon cerveau trouve tout cela extraordinairement
merveilleux. Je suis exactement là où j'avais envie d'être.
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Première impression |
Finalement, malgré son prix ridicule
(5$ la nuit), l'auberge est idéale. On nous montre les lieux, en
terminant par la terrasse : d'un des plus hauts immeubles de la
médina, on voit l'ensemble de la ville sur 360 degrés. On se
demande pourquoi nous avons tant de chance. La réponse est
illogique, injuste : parce que nous sommes blancs, parce que nous
sommes nés dans un pays riche. Un petit moment de gratitude s'impose avant la sieste, nécessaire après ce long voyage.
Nous passerons un mois dans cette
auberge. La médina, son souk et ses personnages vont devenir notre
chez-nous. On va s'y faire des amis, on va finir par avoir nos
habitudes et nos lieux préférés. Mais tout ça, je vous en
reparlerai!
Bislamah!