Ouf! Je suis dans le train, bien assise
sur mon siège. Pourtant, j'ai bien failli ne pas y être. J'ai les
yeux secs et le coeur qui bat encore un peu la chamade. Je pousse de
longs soupirs satisfaisants, déroulant peu à peu la boule de stress
qui loge encore au creux de mon ventre. Pour une première expérience
des déplacements en Thaïlande, c'en fut toute une!
Pourtant, la journée allait très
bien. J'ai passé l'après-midi au parc Lumphini, à profiter de cet
oasis de paix en plein coeur de la bruyante Bangkok, un repos auditif
bien mérité après m'être baladé à travers la ville pendant 3
jours, défiant avec succès les carrefours achalandés et les
voitures qui ici, ont toujours priorité sur les piétons. Je me
sentais calme, reposée, tranquille et j'avais hâte de vivre
l'expérience du train de nuit (en couchette) vers Chiang Mai.
Revenue à l'auberge pour récupérer mon sac, voyant que j'avais
encore un peu de temps devant moi avant de devoir partir à la gare,
je me suis attelée à un mot croisé.
Un peu trop calme peut-être, je
réalise soudainement que je dois partir rapido pronto si je ne veux
pas manquer mon train! J'emballe donc rapidement mes trucs et hêle
un taxi. Mais voilà qu'après quelques minutes de route, je me rends
compte que j'ai oublié mon téléphone à l'auberge! Merde! « I
need to go back! », dis-je au chauffeur.
- Go back?
- Yes, I forgot something important.
- Go back... Hahaha. Il rit et
continue son chemin.
- Sir, we have to go back now. Go
back!
- Go back, ok.
Et il tourne de bord. Je stresse un
peu, mais j'essaie de rester calme. Avec un peu de chance, c'est
encore possible. Tout à coup, je ne reconnais plus les rues
empruntées par la voiture et je me rends compte que nous sommes en
train de traverser le pont vers l'autre côté du grand canal!
- Where are we going?
- Go back.
- No, we need to go to Samsen road. (c'est la rue où il m'a prise)
- Samsen road? Why? You said Go
back.
Bref, il a compris autre chose, je ne
saurai jamais quoi et il était en train de me transporter vers la
banlieue et c'était maintenant certain que j'avais manqué mon
train. En plus, il était mort de rire le petit tannant! J'ai dû insister encore, il a finalement tourné de bord de
nouveau, sans arrêter son compteur bien sûr. Quand nous sommes
arrivés à destination, j'ai bien tenté de lui faire comprendre que
je ne voulais pas payer toute la somme, mais avec son bien piètre
anglais (j'en avais eu la preuve), c'était peine perdue. Je lui ai
donc enfoncé un billet de 100 baht (4$, pas trop mal quand même)
dans les mains et je suis sortie sans demander mon reste.
Lorsque je suis arrivée à l'auberge,
j'ai expliqué ma mésaventure à la jeune fille qui travaille à la
réception. Je lui ai demandé d'appeler à la gare pour voir s'il
était possible de transférer mon billet au lendemain, ou mieux
encore, au prochain train qui partait dans quelques heures. En
raccrochant, elle m'explique que c'est impossible de changer un
billet moins d'une heure avant le départ. J'avais remarqué au cours
des derniers jours qu'elle était très peu dégourdie et je lui ai
demandé si elle avait expliqué la situation. Son collègue est
arrivé sur le fait et avec son excellent anglais m'a expliqué qu'on
ne pouvait rien faire puisque les trains étaient gérés par l'État.
Je voyais donc toute la chaîne de
conséquences financières à ce stupide malentendu : la perte de mon
billet (800 baht) plus le coût d'un nouveau le lendemain, le taxi
pour me rendre à la gare demain (60-70 baht), la location d'un lit à
Bangkok ce soir (840 baht) et la perte de ma réservation à
l'auberge de Chang Mai (300 baht), en plus du 100 baht que je venais
de dépenser pour un charmant tour de taxi en banlieue. J'ai insisté
auprès de l'employé, je lui ai demandé de rappeler et d'expliquer
la situation, ce qu'il a fait.
Finalement, une solution est proposée
: le train doit s'arrêter à une autre gare dans 20 minutes. Il est
encore possible de m'y rendre, mais seulement en moto-taxi et sans
perdre une seconde. Le gars m'accompagne donc là où se trouve le
moto-taxi et explique la situation au chauffeur. Je ne comprends pas
ce qu'ils se disent, mais je vois que ce dernier hésite et que mon
ami insiste. Le chauffeur finit par accepter et je me demande «
est-ce réellement possible si nous roulons à une vitesse qui
demeure sécuritaire? ». On me rassure, sans que j'y croie vraiment.
De toute façon, je n'ai pas le choix.
Moi qui ne voulait pas faire de moto en
Thaïlande, me voilà bien servie. On zizague entre les voitures, les
autres motos et les bus. On frôle les camions de vidange et on brûle
même quelques feux rouges. À un moment, j'entends le chauffeur
faire « Oufff! » après que l'on ait traversé une intersection.
J'ai un peu peur mais je serre les dents et j'essaie de profiter de
l'expérience, après tout je n'ai plus le choix.
Après un virage (assez serré), on
longe la voie ferrée. Le chauffeur me pointe mon train qui y roule,
puis la gare à environ 1 km. Le chauffeur accélère (alors que
je trouvais déjà que nous allions bien assez vite) et on réussit à
arriver à la gare, sain et sauf et surtout (!), avant le train. Le
chauffeur est tout heureux, je lui lance des bravos! et des kop khoun
kha (merci), je lui donne le 100 baht convenu et je cours sur le quai
alors que le train entre en gare. Un gentil controleur vérifie mon
billet et m'annonce que ce n'est pas le bon train, mais le prochain.
Bah! Je peux bien attendre un peu, après tout, c'est mieux que de
manquer le train!
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Photo prise sur les internets |